Mer. - Avril 13, 2005

W A R # 0 0 6


je peux encore écrire. cela fait l'effet d'un tranquilisant avant l'opération fatale, cf l'anesthésie future de nos pouvoirs désagrégés. je me rends compte que je suis possiblement dans cette situation de défaite qui se regarde et se laisse tomber. J'ai 27 ans et je n'ai encore rien fait car la vraie fiction commence maintenant - mon écriture commence maintenant, maintenant que j'ai déjà épuisé toute ma certitude que j'aie du talent - ce qui est douteux, voire redoutable. Car nous ne sommes plus des écrivains, nous faisons des films maintenant et ceux qui écrivent des romans font des téléfilms à présent. je ne peux plus toucher d'aucun expédient même l'alcool me parait de trop, ou alors quelquechose de puissant, en très petits shots, après ou avant un repas léger. C'est le seul alcaloïde possible - En fait plus rien ne fait effet comme avant, on parle de la détérioration de la qualité de la drogue, je crois qu'elle n'a jamais été aussi bonne, aussi mélangée et toxique qu'aujourd'hui, c'est simplement que nous sommes trop haut pour sentir les accents. Je suis déjà, comme beaucoup d'entre nous, accroc à quelque chose de la vie qui me défonce, que je ne veux pas voir, que je ne peux pas avoir. La situation politique internationale est la plus juste possible, nous sommes incandescents, nous sommes offensés, nous regardons mal, nous ne sommes jamais blessés car nous ne pouvons plus compter nos morts, nous sommes là où il faut être, là où tout le monde est, à son moment.
Il y a des statuts de l'écriture que l'acte d'écrire contient, des métamorphoses : d'abord il y a l'histoire jeune et vive génère une nouvelle attaque de la forme, puis le mythique solide au coeur de l'oeuvre qui est autre chose qu'un accomplissement mais un déchirement - une dévastation totale de toute l'oeuvre par le milieu - une forme extrême de corruption en somme, ensuite la forme courte et le regard irisé sont la continuation de ce désoeuvrement en cours, alors l'amertume pure est juste car elle permet de nous défaire de notre faculté à nous croire et à être au coeur de l'éléctricité de la vie - c'est là que meurent toutes nos vélléités au talent et à toute forme d'orgueil - puis ensuite, nous sommes toujours vivant mais nous sommes seuls et d'autres êtres monstrueux et épuisants restent encore à naître au coeur de la forme, au-dessus de cette forme et nous sommes à deux doigts de ne plus jamais rien faire - les clochards capitalistes peuvent nous regarder crever - nous extirpons de la douleur les forces incompressibles qui font de notre cruauté notre arme la plus sûre. Il n'y donc aucune fin, s'il y avait un commencement. Nous commençons à peine à sortir nos premiers jets de l'ombre à l'heure où nos aînés pouvaient vraisemblablement continuer leurs exercices - nos aînés, à l'heure où nous nous trouvons sont donc morts ou éternels, cad dire morts plusieurs fois, puis réinventés. Il ne faudra pas attendre de nous que nous subissions aussi cet héritage là aussi, et même si vous nous attendez et que vous ne nous voyez pas, c'est que nous sommes en train d'absorber et de transformer les facultés antérieures pour admettre autre chose encore. Nos citations et nos hommages vous trompent sur nos intentions et aussi, nos intentions, qui, pour ne pas être claires, sont toutefois extrêmement puissantes, elles sont, pour ainsi dire, nues, intraitables. Je ne sais, à l'heure où je me dompte pour me confier à vous, si ce n'est l'éléphant qui va accoucher d'une souris ou la souris qui va accoucher de l'éléphant, mais en tout cas nous sommes là quelque part - sans revendication aucune, sans parole aucune, sans poids aucun, quelque part après la mort des uns sans même le remous qui accompagnaient la décadence des autres encore peu de temps avant. Nous sommes à 40 000 dB au dessous de la fréquence de l'être et nous savons que notre heure est passée, trépassée, nous ne guettons même plus l'occasion de le savoir, nous attaquons déjà. Avec les dents.

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W A R # 0 0 5


Refuser la chair m'est difficile. quelquechose d'un éclat souverain m'empêche de soutenir du regard, longtemps, les nus. les dos, les ventres, les bouches, les yeux, les mains. je suis curieux, je suis malfrat, je suis fait, je suis quelquepart, le terrain s'ouvre, je suis reprochable et je ne cache pas ce jeu-là pour ne pas mentir mais je lutte pour ne pas m'enfoncer dans l'ombre. je respire, je prends du temps. j'aimerais déplacer ce centre mais au fond c'est le seul centre, d'ailleurs ce n'est pas un centre, c'est tout autour. je cuis de l'extérieur. Je me brûle les doigts sur les cuisses inflexibles qui saturent les couvertures. Les draps sont lourds, les vêtements innombrables, le textile me retient dans ses filets, une séparation perpetuelle vient tourmenter mes reins, quelque part l'image me laisse froid ébahi et la présence me tourmente, me tient en vie, relance l'intrigue des corps noués qui dansent mal, qui s'évitent, clean, qui se tordent, mal foutus, faisant exprès. Mourant sur un côté, l'autre hanche active, la poche tue la gauche, la droite tient sur le mur, la tête est ailleurs évidemment, guidant, relançant, trompant, engluant de sens les postures rudes, droites, les défonces, les efforts pour se lover quelque part sur un coin. les passants agglutinés sur leurs jambes, les épaules qui dansent, réclament des massages, des caresses, des pauses, des clopes, des cafés, des vitrines à lécher. La tension du sport est passée de mode, la mode a changé de bord, le bord s'est cassé sur une artère tendue, survitaminée, j'aime imaginer des athlètes détendus, arrêtés. Nous savons que nous loupons tout, que des tonnes de râtés détonnent sur le destin que nous nous efforçons de lisser

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W A R # 0 0 1


A Bruxelles tout est drôle, les noms des rues des cafés, les marques de bière. Tout parle pour la ville, tout est en elle, imprévisible. C'est une dérision sérieuse permanente. Les murs beiges disent des choses qu'ailleurs ils ne disent pas. Ailleurs ces fenêtres plates, cette platitude n'est pas respectée comme style. Ici c'est une forme de l'amour, de la communauté, les étrangers sont acceptés par ce style absolument européen du centre. Moderne, au centre, au siècle 1970. Car à partir de 1945 à 1989 chaque décennie est un siècle. Après ça reprend son cours normal, à la vitesse du Moyen Age, à partir de 1990, c'est le même siècle et ça sera le même pendant 500 ans, avec les mêmes remixes de l'histoire du XXè jusqu'à la prochaine révolution populaire réelle. A ce moment la notion de peuple se sera distendue autrement, englobera des fonctionnalités plus restreintes ou plus étendues, une portion du nom même de peuple sera transformée. L'importance totale de la politique au XIXe et XXe, son intérêt pour l'espêce humaine, en général, son reflet dans toutes les vitres, l'analyse du pouvoir contenue au sein de toutes les institutions, les administrations, les secretariats, le mondre cerveau d'archiviste ou de secrétaire au soin dentaire possède ce savoir, cette faculté d'analyse sociale et politique instantanée. La capacité d'être de la race des fourmis présuppose une aptitude à faire advenir la globalité plus que la personnalité. Quelquechose de tangible dans les bureaux, la paperasse. L'Europe-les archives du monde-les vieilles premières archives des fouteurs de merde, les premiers scribes efficaces avec l'instinct de la fourmi déjà à l'oeuvre et une fascination pour la théologie, chose qu'elle ne comprendra jamais, sauf par l'épée ou comme une épée, comme un pouvoir. L'Europe a inventé les techniques de guerres modernes, massives et a exporté ces compositions par copinage, vol, services secrets, recrutement, découpage de cartes. Une vision du combat comme issue définitive, la haine de la violence, et dans cette haine l'aspiration à la paix, la paix universelle, c'est à dire les grandes dominations souveraines, c'est à dire de grandes guerres, les plus féroces et les plus définitives. Le modèle européen de la paix totale catholique issue des croisades, de l'assurance que les croisades suivent leurs cour, des combats périphériques, des situations incompréhensibles périphériques, des fictions de perte, des déserts, l'animal humain, au bord de notre monde, les loups garous attendent. Des avions silencieux sont perdus à jamais.
Finalement voilà l'Europe complètement exportée, vidée d'elle-même avec sa réussite à tous points de vue, l'estampillage et le pillage, la duplication rendue extrême, les savoirs empilés partout, l'europe copiée, adaptée, de la grande division des partis politiques, le modèle démocratique, le fonctionnement sur l'échange avec redéfinition permanente des rapports mâitres/esclaves, tout le temps l'esclave menaçant le maître, tout le temps cette importance de l'égalité des chances au pouvoir, cette quantification du pouvoir qui se dit.

Dans d'autres mondes on ne dit pas, ou on ne disait pas quelles étaient les quantités de pouvoir réelles, la menace et le symbole préserve peut-être certaines castes de dire que leurs propres enfants vont venir grignoter leur cervelle. l'héritage, la division des cellules, la mort de parties entières d'un corps complet. Des vaisseaux immenses à la dérive et dans les coques vides et déchiquetées, les foetus de l'histoire. La réecriture commence par une réecriture du pouvoir, une déchéance et un questionnement, des sauts dans les dynasties, les sacres de plus en plus fastueux, des batailles gagnées trop longtemps et des défaites que tout le monde désire. Les marins dans leur lit de mort jouissent en pleurant, ils voient en songe leurs femmes abandonner leur ventre au hasard d'une plèbe ennemie, ils meurent de rage et de tout leur coeur ils donnent le plaisir de la défaite à certains de leurs fils, préparant ainsi une grande hémoragie de fils. Les territoires de la vengeance sont déstinés aux héritiers masculins. Aujourd'hui dans l'effacement des sexes, c'est toujours le même genre qui est préféré, fille ou garçon, ce sont des fils quand même; la sélection du germe de la vengeance s'opère selon les natures sexuelles avec la même nécessité d'un corps unidimensionnel, un solide prêt au décret, capable d'émettre des actes notariés, la guerre calme, la guerre et ses justifications interminables à travers le droit, l'université et l'enseignement universel, le code pénal, l'interdiction du meurtre personnel comme légitimation, éclairement du meurtre général, cette adage : la guerre momentanée, temporelle est préférable que le duel intemporel, la possibilité intemporelle du duel. La rixe des animaux de territoires qui ne termine jamais, et de cette immensité de la lutte personnelle entre petits seigneurs nait la fatigue qui permettra le repos de tous pour le pouvoir de très peu. Ne pas se battre tous les jours, remettre les combats quotidiens à plus tard : les mandats, la délégation de pouvoir;
La compréhension de l'état de paix c'est peut-être se trouver dans un territoire de victoire locale durable, marcher au milieu des vaincus comme certains de nos frères, masquer les différences de naissance, de temps de lieu, créer un analgésique cosmopolite. Oublier la honte des slogans de croisade. L'état de paix c'est un terrain neutre, un terrain de synthèse, de laboratoire, de savants dosages d'expédients, la drogue est toujours en circulation, la légalité comme question quotidienne, irritante sur tous les petits terrains de la vie. La guerre est active, résonne de symptomes, comme le haschich est un expédient dont la popularité est née de la guerre d'algérie 54-62. Les rapports entretenue entre les gendarmes-les dealers-les clients de cette drogue évoquent les amnésies qui ont découlé des traumatismes de ce conflit : la non-reconnaissance de l'état de guerre ont généré des consommations abusives d'expédients régionaux, rappels de vaccin historique, épidémie de mémoire et symptôme de résistance passive.

Il y a aussi certains ports où les guerres n'en finissent pas d'être racontées, reformulées, rebataillées, où les gens s'en foutent parce que personne n'est d'accord, le pays de tous ceux qui quittent le pays. Un vaisseau finalement plus solide que les vaisseaux centraux, un vaisseau qui flotte très bas avec de l'eau sur le pont, de l'eau qui entre partout. Ce navire est à l'image des villes douces d'europe comme bruxelles,bologne,lisbonne. Les villes d'après la guerre, dont les bombardements ne sont pas les cicatrices fondamentales, juste des accidents, des conséquences des guerres que se livrent les grandes capitales. Ce sont des villes d'esclaves affranchis, les ouvriers marchent la tête haute, chacun est son propre seigneur, une promenade fédérale n'est pas impossible, les comtés se rapprochent, la nation est faible et composite, tu es fort quelquepart, ton domaine d'action ne montre pas ses limites de lui-même, tu déposes les armes, tu t'occuppes à d'autres affaires que les affaires centrales. Finalement ici se dessinent les voies express pour des assauts imprévisibles.

Posted at 03:02 AM    


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